J’imagine que la formule vous fait sourire, pourtant, c’est exactement ce que j’ai ressenti.
La comparaison a évidemment ses limites, mais elle dit bien l’attachement que l’on peut développer pour une entreprise qui nous a construits.
Pendant près de quinze ans, Microsoft a été bien plus qu’une ligne sur mon CV.
Cette entreprise a été mon territoire professionnel, mon cadre d’apprentissage, l’endroit où j’ai grandi, travaillé, appris, donné.
J’y ai connu des rôles passionnants, en France, parfois avec un rayonnement international. J’y ai appris la puissance d’exécution, le sens du commerce, la culture du collectif, et cette exigence des environnements Tech où l’on apprend à décider vite, à embarquer, à tenir dans la complexité.
J’y ai aussi construit ma carrière en même temps que ma vie de femme et de mère. Mes quatre enfants sont arrivés pendant ces années-là.
Je crois honnêtement que je n’avais jamais vraiment imaginé que ma carrière puisse se dérouler ailleurs.
Microsoft faisait partie de mon identité.
J’étais “Mathilde de Microsoft”.
Celle qui connaissait les codes, les gens, les enjeux, les réflexes.
Puis un jour, j’ai pris la décision de partir.
Même dans de bonnes conditions, cela a été immensément vertigineux.
Parce que partir, ce n’est jamais seulement quitter un poste, fermer un ordinateur, rendre un badge, dire au revoir à des collègues que l’on aime.
C’était accepter de perdre, un instant, ce qui me rendait lisible aux yeux des autres.
Je crois que beaucoup de professionnels connaissent ce vertige.
Après quinze, vingt ou vingt-cinq ans dans une même maison, on ne quitte jamais seulement une entreprise.
On quitte une langue commune, des repères, un statut, une manière d’être identifié par les autres, une réputation, parfois même une partie de la façon dont on se regardait soi-même.
Puis, à un moment, une question apparaît, pas forcément parce que l’on part, pas forcément parce que l’on y est contraint, mais parce que l’on sent que la suite ne peut pas seulement être la prolongation automatique de ce que l’on a déjà fait.
Cette question, c’est : Qui suis-je professionnellement, quand je ne me résume plus à mon titre, à mon entreprise, ou à la place que l’on m’a donnée jusque-là ?
Je crois que c’est là que tout commence.
Nous sommes beaucoup plus vastes que notre dernier titre, notre dernière entreprise, notre dernière fonction.
Quitter une maison que l’on a aimée peut être douloureux.
Mais cela peut aussi devenir un moment fondateur.
Le moment où l’on reprend les clés.
Le moment où l’on cesse de se demander uniquement quelle place le système veut bien nous laisser.
Et où l’on commence à se poser une question autrement plus puissante :
Avec tout ce que je suis devenu, qu’est-ce que j’ai envie de construire maintenant ?
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Quand j’ai quitté Microsoft, j’ai eu l’impression de quitter mon mec.
Knowldy•5 mai 2026• 2 min

